À l’approche des élections municipales, la question des procurations tardives revient régulièrement dans le débat public. Saisi par un sénateur, le Ministère de l’Intérieur a récemment rappelé qu’aucune date limite pour l’établissement d’une procuration n’est prévue par le Code électoral, et qu’une telle évolution n’est pas à l’ordre du jour. Une position constante, déjà exprimée à la suite d’interpellations portées notamment par l’Association des Maires de France.
Une problématique récurrente pour les communes
La veille de chaque scrutin, de nombreuses communes sont confrontées à un afflux de procurations établies au dernier moment, générant des contraintes organisationnelles importantes, en particulier dans les petites collectivités.
C’est dans ce contexte que le sénateur Fabien Genet a interrogé le gouvernement sur l’opportunité de fixer une date limite pour l’établissement des procurations lors des élections municipales.
Le ministère a rappelé que, contrairement à une idée répandue, les procurations peuvent être établies jusqu’au jour même du scrutin, les articles L71 à L78 du Code électoral ne prévoyant aucune échéance spécifique. Si cette souplesse favorise la participation électorale, elle engendre également une charge administrative supplémentaire pour les mairies, les services de police et de gendarmerie, mobilisés dans des délais très contraints.
Dématérialisation : une réponse aux difficultés opérationnelles
Dans sa réponse, le ministère met en avant les évolutions majeures apportées depuis la création du Répertoire électoral unique (REU) en 2019. La téléprocédure accessible sur le site maprocuration.gouv.fr permet désormais une transmission directe et rapide des procurations aux communes, sans envoi postal. Ce dispositif a rencontré un large succès en 2024 puisque près des trois quarts des procurations ont été établies en ligne.
Une étape supplémentaire a été franchie lors des élections européennes et législatives de 2024, avec l’expérimentation d’une procédure totalement dématérialisée, sans passage en commissariat ou en gendarmerie, pour les électeurs disposant d’une carte nationale d’identité au nouveau format et d’une identité numérique certifiée en mairie.
Généralisée par le décret n° 2025-1059 du 3 novembre 2025, cette procédure est désormais ouverte pour l’ensemble des scrutins à venir, constituant selon le ministère une réponse concrète aux difficultés liées aux procurations tardives.
Permanences et organisation le jour du scrutin
Le ministère rappelle également que la gestion centralisée des procurations via le REU allège sensiblement la charge des communes, notamment en supprimant la vérification préalable de l’inscription électorale par la mairie.
Toutefois, pour les procurations tardives établies sur support papier, des difficultés subsistent, notamment en cas de réception après l’édition des listes d’émargement. Afin d’y remédier, le ministère a demandé aux autorités habilitées à établir une procuration de recourir systématiquement « à la transmission par porteur auprès des communes ». En outre, il recommande la mise en place de permanences communales le jour du scrutin pour vérifier les procurations tardives non encore intégrées aux listes et le recours aux permanences préfectorales lorsque la commune ne peut assurer cette vérification.
S’agissant de l’instauration d’une date limite, le ministère rappelle qu’une telle mesure nécessiterait une modification du Code électoral, relevant de la compétence exclusive du législateur. Il appartient donc au Parlement français de se saisir, ou non, de cette question. En l’état du droit, aucune date limite ne sera instaurée pour les prochaines élections municipales, et les communes devront continuer à composer avec des procurations pouvant être établies jusqu’au jour du vote.
